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Faire disparaître la sécurité sociale : une priorité que Bruxelles mentionne dans les «GOPE»

Recommandations Commission 2016

Alors qu’un insupportable « euroscepticisme » semble contaminer dangereusement le discours de certains candidats à l’élection présidentielle, d’autres compétiteurs clament haut et fort leur attachement aux miracles européens… Parmi ces miracles : l’effacement en douce de la Sécurité sociale.

Les « recommandations » rédigées annuellement par la Commission européenne et adressées à chaque État membre annoncent souvent la couleur, il s’agit des «GOPE» (Grandes Orientations Politiques et Economiques).

Dernier exemple en date : la Loi travail, une application à la lettre des oukases bruxellois en terme de flexibilisation… du travail !

La Commission européenne s’intéresse bien sûr à la Sécurité sociale, comme le montre la capture d’écran ci-dessous (quatrième page des recommandations bruxelloises de mai 2016).

Et certains candidats se réjouissent à l’avance de satisfaire ces recommandations..

Méthode 1 : l’approche du Docteur Fillon, inventeur de la « bobologie »

Pointer les petites maladies du quotidien pour en délester la Sécu.

Une formule foudroyante, une démarche franche : il faut s’engager au plus vite – par ordonnance du bon docteur Fillon – à confier aux complémentaires santé tous les soins relevant de la « bobologie ».

Pour optimiser la sélection, on imagine donc la création d’une commission, chargée de lister les « bobos » : l’égratignure bénigne, le nez qui coule, la grippe…

Le même propose également de léguer au privé les soins relevant du « confort » qui correspondent à /… roulement de tambours …/ l’optique, les soins dentaires et les prothèses audio.

On accordera à cette formule radicale une belle franchise : il le dit lui même, pour réaliser la coupe budgétaire de 20 milliards d’euros dans la santé, il faut engager un blitzkrieg social !

Une franchise saluée par Henri de Castries, qui était PDG du groupe d’assurance Axa jusqu’en août 2016.

Méthode 2 : l’approche du renard Macron

Voici une offre « alléchante », pour en finir avec l’assurance-maladie… en deux temps !

Le « candidat du travail » souhaite réduire l’écart entre le salaire brut et le salaire net. Pour ce faire, il faut « supprimer toutes les cotisations maladie et chômage payées par les salariés » en les remplaçant par la Contribution sociale généralisée (CSG).

La cotisation, qui n’est autre que la partie socialisée du salaire, disparaîtrait donc au profit d’un impôt payé à l’État ; ce dernier décidera ensuite de la part qu’il souhaite attribuer – ou pas – au chômage, à la maladie, à l’assurance familiale, etc.

Puis, dans un contexte de crise (souvent mis en avant pour justifier l’austérité, la flexibilité, etc.), rien n’empêcherait le gouvernement de diminuer (voire de supprimer) la part de la CSG allouée à… l’assurance-maladie.

L’ancien locataire de Bercy voudrait donc que les salariés « confient » leur fromage au renard ?

Par ailleurs, dans son projet d’uberisation du travail, le candidat espère bien réduire le nombre de salariés en France : il faut développer l’auto-entrepreneuriat – Uber, Deliveroo, etc… Quoi de plus simple pour retirer aux Français l’accès à la Sécurité sociale ?

Le benjamin de la course pourra toujours promettre d’encourager « Uber » à respecter le modèle social… l’« essence » même d’Uber est de s’asseoir sur… ce modèle social (comme le confirme son business plan).

François Fillon promet de réduire les prises en charge de la Sécurité sociale, Emmanuel Macron promet de modifier son financement et de réduire le nombre d’ayant-droit : voilà qui va faire les choux (gras) de Bruxelles.

Fabien Rives

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