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L’Allemagne menacée par une prise d’influence russe…

French American Foundation

L’« affaire Frohnmaier » a évidemment eu moins d’écho en France qu’en Allemagne même. Pourtant, quelques médias, de ce côté-ci du Rhin, ont tout de même jugé utile de s’indigner ou de s’inquiéter.

Le député Markus Frohnmaier (28 ans), présenté par l’AfD, a été élu au Bundestag en 2017. Récemment, des médias allemands comme l’hebdomadaire Der Spiegel et la chaîne ZDF, mais aussi la BBC britannique et le quotidien italien La Repubblica, ont publié des enquêtes affirmant que le jeune parlementaire est en réalité une « marionnette de Moscou » : son élection aurait été aidée par la Russie pour tenter d’influencer la politique de Berlin. Une affirmation démentie par les protagonistes.

On se gardera d’émettre ici un avis sur la vraisemblance de l’accusation. Plus intéressantes, en revanche, sont les réactions courroucées et scandalisées de la classe politique comme de certains médias de la République fédérale mais aussi d’autres pays de l’UE. Les chrétiens-démocrates de la CDU de même que les sociaux-démocrates du SPD ont fait de la surenchère en martelant que, si les affirmations étaient confirmées, un tel élu ne pourrait siéger pour représenter les intérêts du peuple allemand. Les Verts ainsi que Die Linke n’ont pas été en reste. Les uns et les autres ont pointé en chœur la menace qui pèserait ainsi sur l’indépendance du pays.

On ne pourrait certainement que se réjouir de cette soudaine et inattendue attention pour la souveraineté nationale de la part de partis d’habitude plus prompts à vanter les mérites de l’intégration européenne. Le problème est que, dans des circonstances différentes, les dirigeants politiques et éditorialistes « mainstream », allemands et européens, ne semblent pas si sourcilleux.

« Instrument d’influence »

Il existe ainsi en France une institution nommée French American Foundation (FAF), qui fut lancée en 1976 sous l’égide du président Valéry Giscard d’Estaing, celui-là même qui amorça le retour de la France dans le giron atlantiste après la période gaulliste. Selon la très factuelle notice Wikipédia, la FAF « se donne pour objectif d’encourager un dialogue actif » entre la France et les Etats-Unis.

L’une des ses principales activités consiste à proposer des séminaires pour de jeunes dirigeants (« Young leaders »), issus de la politique, de la finance, de la presse « à fort potentiel de leadership et appelés à jouer un rôle important dans leur pays et dans les relations franco-américaines », selon les termes de la Fondation elle-même. Bref, un programme de formation qui constitue un « instrument du soft power américain », c’est-à-dire d’influence, résume Wikipédia.

Le programme de formation de la FAF en direction des « Young leaders » constitue un « instrument du soft power américain », résume Wikipédia.

A Washington (car la Fondation travaille évidemment de concert avec l’ambassade), on ne lésine pas sur les gâteries proposées aux hommes et aux femmes qui, destinés à occuper des postes français de premier plan, doivent assurer, dans leurs futures fonctions, la promotion de l’« amitié franco-américaine ».

La liste des invités stagiaires de Washington (plus de 400 à ce jour) est édifiante. On y trouve nombre de patrons de presse et de journalistes connus, de dirigeants de grands groupes industriels et financiers, et bien sûr de parlementaires et de ministres, anciens et actuels. Inutiles de préciser que la Fondation a l’esprit large, et sélectionne tout aussi bien des personnalités de « gauche » que de droite.

L’on notera en particulier la présence sur cette liste de l’actuel Premier ministre Edouard Philippe (stagiaire en 2011), de l’ancien premier ministre Alain Juppé devenu membre du Conseil constitutionnel (stagiaire en 1981), de l’ancien président François Hollande (stagiaire en 1996), et de l’actuel président Emmanuel Macron (stagiaire en 2012). Inutile de préciser que le Commissaire européen Pierre Moscovici, précédemment ministre des finances (stagiaire en 1996), fait également partie des nombreuses personnalités sur lesquels Washington a misé – non sans flair, il faut bien le reconnaître.

On peine à imaginer ce qu’eussent été les réactions médiatiques et politiques si MM. Macron, Hollande, Philippe et Juppé avaient suivi le même cursus non à Washington mais à Moscou, dans le but explicite de leur faire promouvoir l’amitié franco-russe.

Il est vrai que l’influence du jeune député Frohnmeier sur la politique allemande est à l’évidence incomparablement plus déterminante sur la politique allemande que celle des président et premier ministre français sur celle de Paris…

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