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Les services ukrainiens sont supervisés par une mission permanente de l’UE

arkady babtchenko

S’il y avait une coupe du monde dans l’art de se tirer une balle dans le pied, nul doute que certains dirigeants occidentaux seraient bien placés pour grimper sur le podium. La trouvaille (aujourd’hui abandonnée) du président de la République italien de nommer un ancien dirigeant du FMI comme chef du gouvernement en réponse au vote anti-austérité de nos voisins transalpins était déjà à saluer ; l’intervention du commissaire européen Oettinger (pour laquelle il s’est finalement excusé), déclarant compter sur les marchés pour remettre les idées en place aux électeurs de ce même pays mérite également un coup de chapeau ; sans évoquer bien sûr le président américain déchirant l’accord avec l’Iran, contribuant ainsi à réchauffer (un peu) les relations entre Paris et Berlin d’un côté, Moscou de l’autre, et faisant en outre grimper les cours du pétrole, au grand bénéfice (notamment) de la Russie.

Mais la palme – provisoire, on l’espère – pourrait sans doute revenir à la performance que viennent d’accomplir les services secrets ukrainiens (SBU). Comme nul ne l’ignore plus, ceux-ci ont monté une très subtile mise en scène faisant croire au monde entier que le journaliste russe Arkady Babtchenko, un opposant déclaré du Kremlin installé en Ukraine, avait été assassiné. Sous-entendu évident pour tout un chacun : par les services russes.

Très fier de lui, le chef du SBU a lui-même révélé la supercherie. Dans les médias dits main stream (la chaîne Arte, par exemple), quelques premières réactions se sont manifestées sur le registre : bon, ce n’était pas les Russes, mais cela aurait pu. Las, cette tonalité n’a pas pu tenir longtemps, tant le coup est vite apparu comme totalement irresponsable.

Message involontaire lancé par le président Porochenko et ses services : en matière de « fake news » (mensonges fabriqués), nous excellons.

Kiev a ainsi provoqué une levée de boucliers tant parmi les institutions internationales que parmi les journalistes, très vexés de s’être ainsi fait berner. Officiellement, les dirigeants ukrainiens ont argué qu’il s’agissait de déjouer un vrai complot et d’en démasquer les auteurs, bien sûr russes – une thèse à laquelle même les plus amicaux supporters de Kiev n’ont accordé aucun crédit. Ces derniers n’ont pas manqué de déplorer le message involontaire ainsi lancé par le président Porochenko et ses services : en matière de « fake news » (mensonges fabriqués), nous excellons.

Détail peu commenté

Tout cela est connu. Un détail, en revanche, a été peu commenté : les forces de sécurité intérieure ukrainiennes « bénéficient » du soutien et de la formation de la part d’une mission permanente envoyée sur place par l’Union européenne, baptisée EUAM Ukraine. Celle-ci « conseille » en particulier le SBU.

Dès lors, deux hypothèses : ou bien les pied nickelés ukrainiens ont échappé au contrôle (pourtant étroit) de leurs mentors de l’UE ; ou bien ces derniers étaient au courant, et ont laissé faire (voire donné un coup de main). Dans tous les cas, le contre-espionnage de Kiev devra partager son trophée avec ses parrains bruxellois.

Avec des amis comme ça, on n’a pas besoin d’ennemis

Au grand dam, probablement, du président du Conseil européen, Donald Tusk. Quand celui-ci fut à la tête du gouvernement polonais, il était l’un des plus fidèles soutiens de Kiev. Avec ce coup d’éclat, M. Tusk doit maintenant probablement remâcher la formule amère qu’il avait récemment lâchée à propos de Donald Trump : « avec des amis comme ça, on n’a pas besoin d’ennemis ».

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