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A Versailles, Macron exhibe des avantages affriolants

Macron

Les 42 personnes les plus riches de la Terre possèdent autant que la moitié la moins nantie de l’humanité. Ce rappel fait partie des informations livrées, comme à l’accoutumée, à la veille de l’ouverture du « sommet économique mondial » qui se tient à Davos du 23 au 26 janvier. Cette année cependant, tout change : lors de leur austère rencontre monacale prévue dans la modeste station helvète, les élites mondialisées, économiques et politiques, l’ont promis : ils vont mettre cette petite anomalie – ce qu’on nomme généralement « les inégalités » – au centre de leurs travaux.

140 parmi les plus nécessiteux de ces gueux de la planète en route pour la Suisse ont eu de la chance : ils ont été invités au passage par le président français sous les ors du Château de Versailles pour un dîner d’apparat. Ces damnés de la terre ont ainsi pu bénéficier, lundi 22 au soir, d’un moment pour oublier l’enfer de leur quotidien. Un dîner « Grand siècle », selon les gazettes. Tenue de soirée et langue anglaise de rigueur. On n’en voudra pas au gardien des institutions de faire ainsi une petite entorse à l’article II de la Constitution : on ne va tout de même pas exiger de la brochette des « leadeurs globaux » les plus puissants de la planète de parler le dialecte local. Parmi les heureux élus : les PDG, pardon, les CEO de Goldman Sachs, de JP Morgan, de Bank of America, de McKinsey, de Coca-Cola, de Manpower, de Cisco, de Facebook, de Google, de McDonald (dont la chronique ne précise pas s’il avait amené son propre casse-croûte maison).

Bref, la République – et son président – font le trottoir

Le maître de l’Elysée était aux anges, et renouait ainsi avec ses copains de son job précédent. Chacun comprend qu’il faut courtiser ces héros modernes, ceux-là même qui peuvent distribuer leurs investissements dans l’Hexagone, et gratifier ainsi notre malheureux pays de milliers d’emplois. Car, c’est une chose entendue : avec la libre circulation des capitaux – ce commandement suprême sur lequel est fondé l’Union européenne – ces hommes (et ces femmes, car ces gens-là sont des progressistes) ont un pouvoir quasi-magique : ils créent des emplois. Et les répandent, tel le père Noël, sur notre contrée. A condition, bien sûr, de rendre celle-ci plus attrayante que ses voisines. En faisant valoir ses « atouts » – au Grand siècle, on disait ses « appâts ».

Bref, la République – et son président – font le trottoir. Parmi les dessous affriolants suggestivement exhibés, le maître de cérémonie a promis un dégrèvement fiscal sur les « impatriés ». Comprendre : ceux qui acceptent de sacrifier leur vie en s’établissant dans l’Hexagone.

Moyennant ces petites douceurs, on peut raisonnablement compter sur une pluie de bienfaits octroyés par les philanthropes multinationales. Comme le disent les communicants de la Cour (sans toujours bien comprendre leur propre propos), il faut bien « vendre » le pays. Du reste, Emmanuel Macron a trouvé lui-même le slogan du jour dans la langue de Shakespeare, ou plutôt de Disney, inscrit virtuellement au fronton du Palais du Roi-soleil : « Choose France ».

Il a probablement mis un « o » en trop.

Qui décide, qui influence ? Qu’en est-il de la « souveraineté européenne » vantée par l’homme qui se compare à Jupiter ? Tels sont quelques question au menu des Rencontres que Ruptures organise le 9 février à l’ENS, avec des invités de choix.

Il est vivement conseillé de s’inscrire dès maintenant :
rencontres@ruptures-presse.fr

 

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  • ubersender

    Les entreprises, françaises ou étrangères, ne « créent pas l’emploi » ; elles embauchent ou pas suivant que leurs anticipations de marchés sont ou non positives. Et ces anticipations reposent sur leurs analyses de développement qui conditionnent l’investissement. Dans ce processus, la demande est essentielle. Or, par application des politiques d’austérité et de dévaluations internes (cf l’augmentation de 26% de la CSG – en non pas d’ 1,7% selon l’enfumage médiatique), associées à la politique de l’offre, la demande est en berne. Dans ces conditions pas d’investissements donc pas ou peu d’embauches à prévoir.