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L’Oncle Sam exige que l’Union européenne intègre tous les pays des Balkans

Diplomate US

L’envoyé spécial américain insiste pour accélérer l’adhésion de l’Albanie et de la Macédoine à l’UE, alors que le sujet suscite l’opposition des dirigeants français et néerlandais, inquiets de l’impopularité d’une telle perspective.

L’émissaire spécial des Etats-Unis pour les Balkans est en tournée dans cette région. Après s’être rendu au Kosovo puis en Macédoine du Nord, Matthew Palmer était le 4 novembre à Belgrade, où il a notamment rencontré le président serbe, Aleksandar Vucic.

Le diplomate américain a saisi l’occasion pour critiquer vertement la décision récente de l’Union européenne : lors du Conseil européen des 17 et 18 octobre, les chefs d’Etat et de gouvernement des Vingt-sept n’ont pu se mettre d’accord sur le lancement des discussions d’adhésion à l’UE de la Macédoine du Nord et de l’Albanie. Cela revient dans les faits à geler cette perspective.

« L’Amérique souhaite une perspective européenne pour les Balkans occidentaux et nous ferons notre possible afin de convaincre l’UE de changer sa position » – Matthew Palmer

« A notre avis, c’est une erreur historique et un mauvais message pour toute la région » a tancé M. Palmer. Et l’envoyé spécial d’enfoncer le clou : « l’Amérique souhaite une perspective européenne pour les Balkans occidentaux et nous ferons notre possible afin de convaincre l’UE de changer sa position » d’ici le prochain sommet de mai 2020.

En réalité, la position européenne découle d’un veto émis par trois pays : la France, les Pays-Bas et le Danemark. Emmanuel Macron, en particulier, est opposé à un nouvel élargissement de l’Union tant que celle-ci « n’arrive pas à fonctionner correctement à 27 », et, selon lui, ce n’est certainement pas à « 29, 30, ou 32 » qu’on améliorera les choses. En outre, comment plaider pour limiter le budget communautaire, et en même temps vouloir accueillir de nouveaux membres avait persiflé le maître de l’Elysée – une pierre dans le jardin de l’Allemagne.

Ce n’est sans doute pas un hasard si la France et les Pays-Bas sont vent debout contre de nouvelles adhésions

Mais derrière ces arguments se profile la crainte que l’arrivée de nouveaux pays « à bas coûts » soit particulièrement impopulaire dans l’Hexagone. Ce n’est sans doute pas un hasard si la France et les Pays-Bas sont vent debout contre de nouvelles adhésions, deux pays où de mémorables référendums avaient infligé des Non retentissants à une intégration européenne plus poussée, et ce en 2005, soit juste un an après l’adhésion de dix nouveaux Etats (et l’arrivée du fameux « plombier polonais »).

Le dossier des futures adhésions constitue donc un des très nombreux sujets d’affrontement actuels au sein des Vingt-sept. Par  ailleurs, la position franco-néerlandaise a indisposé les gouvernements concernés, non seulement à Skoplje et à Tirana, mais également dans d’autres pays issus de l’ex-Yougoslavie, comme la Serbie. Belgrade, avec qui les « négociations » d’adhésion sont déjà engagées, redoute que ces dernières s’ensablent, du fait de l’état d’esprit « frileux » de certains dirigeants européens.

Du reste, rien n’indique – en Serbie tout particulièrement, où la bienveillance euro-atlantique a laissé quelques souvenirs cuisants en 1999 – que les peuples concernés soient particulièrement enthousiastes pour intégrer l’Union européenne.

Cette région stratégique a été récupérée par le camp occidental dans la foulée de l’éclatement de la Yougoslavie

Mais évidemment, ce point importe peu à l’envoyé américain. Ce dernier a tout autre chose en tête : cette région stratégique a été en quelque sorte récupérée par le camp occidental dans la foulée de l’éclatement de la Yougoslavie. Or à Washington, on redoute que l’influence de la Russie (un allié historique traditionnel de la Serbie) ne revienne dans les parages. La Chine elle-même a fait de certains pays balkaniques des partenaires économiques importants.

Les dirigeants américains considèrent qu’il faut vite endiguer cette « menace », un point de vue partagé notamment à Berlin et donc à Bruxelles.

Ce qui explique que, dans ces dernières capitales, on se soit diplomatiquement abstenu de faire remarquer qu’en s’octroyant la responsabilité de définir les frontières européennes, l’Oncle Sam faisait preuve d’une inventive arrogance.

Il est vrai que c’est une habitude – dans cette région en particulier.

Plus de détails sur ce dossier dans l’édition de Ruptures à paraître fin novembre. Pour recevoir cette édition et les suivantes, il n’est pas trop tard pour s’abonner.

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