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Sylvie Kauffmann renouvelle son prêche et invite à communier : l’Europe est de retour, toujours et encore…

sermon europe

Quand on aime, on ne compte pas. Tel semble être la philosophie journalistique de Sylvie Kauffmann, directrice éditoriale au Monde. Deux semaines après avoir commis une chronique intitulée (sans ironie ni second degré) « nous sommes tous pro-européens » (déjà commentée dans ces colonnes), celle-ci renouvelle (01/02/18) le même prêche titré de manière tout aussi édifiante : « Europe, le retour » (mais peut-être notre estimée consœur faisait-elle inconsciemment allusion au train qui la ramenait de Davos, Helvétie, à Paris, Union européenne ?).

Arnaud Leparmentier, qui tenait jusqu’à l’été 2017 cette chronique, avait le mérite, aussi discutables que fussent ses analyses, de souvent provoquer et étonner par des saillies hétérodoxes. Avec sœur Kauffmann, tout danger est écarté : on reste dans la stricte observance du dogme.

« à moins que vous ne viviez sur une autre planète, vous le savez sans doute : l’Europe est de retour »

Le « narrative » – version postmoderne et anglo-saxonne du mythe antique – reste immuable, et reflète fidèlement les tables de la loi, ou plutôt de la foi. L’article commence ainsi par ces mots : « à moins que vous ne viviez sur une autre planète, vous le savez sans doute : l’Europe est de retour ». Quinze jours plus tôt, la journaliste en prenait pour preuve le « ralliement » à l’idée européenne de dirigeants politiques… qui n’avaient pourtant jamais renié cette dernière. Cette fois, c’est l’attitude des responsables les plus pro-UE (Emmanuel Macron, Angela Merkel,…) qui étaye la démonstration : ceux-ci ont, à Davos, « cessé de raser les murs » et « sont porteurs d’un message positif : l’Europe est rétablie, elle a un projet, des valeurs, et elle est ouverte sur le monde ».

Emue, la chroniqueuse communie dans cette « vision européenne qui s’affirme progressiste, ouverte, coopérative et démocratique, sans renier l’innovation technologique ». Fermez le ban. Et Sylvie Kauffmann de s’enthousiasmer : « à Davos, deux chercheurs asiatiques, l’Indien Samir Saran et le Sud-Coréen Lee Geun, ont reconnu que l’Europe éveillait une curiosité tout à fait nouvelle dans leur pays ». On imagine en effet volontiers que, des troquets de Calcutta comme des faubourgs de Séoul, monte une clameur populaire irrépressible en faveur de la prochaine candidature de l’Inde, respectivement de la Corée du Sud, à l’Union européenne.

« la confiance envers l’Union européenne a été renforcée dans l’ensemble des opinions publiques des Etats membres »

Mais c’est évidemment sur le sol du Vieux continent que la ferveur est la plus palpable : « la confiance envers l’Union européenne a été renforcée dans l’ensemble des opinions publiques des Etats membres ». Ne serait-ce le respect dû au quotidien vespéral de référence, on serait tenté d’évoquer une « fake news ». Que nenni ! Les zélotes de l’UE se passent sous le manteau quelques indiscutables sondages montrant l’amour et le désir d’Europe qui se répandent comme une trainée de poudre, de Manchester à Bucarest.

Et qu’importe que les votes des citoyens ne daignent pas précisément s’aligner sur les enquêtes d’opinion. Ainsi, les électeurs tchèques viennent-ils de plébisciter le président sortant, le (supposé) anti-européen Milos Zeman (un « pied de nez adressé à Bruxelles » a estimé Le Figaro, tandis que Le Monde consacrait généreusement une brève à ce non-événement). Leurs voisins autrichiens accordaient pour leur part un résultat record au « populiste » FPÖ, au point de propulser celui-ci à des postes-clés du nouveau gouvernement. Quant aux électeurs allemands, ils envoyaient en septembre dernier un nombre impressionnant de députés de l’AfD (généralement classée à l’extrême-droite) au Bundestag où elle n’était pas représentée jusqu’alors, accordant à cette formation le probable statut de première force d’opposition.

Certes, il serait bien imprudent de créditer les trois gagnants cités de l’intention de sortir de l’Union européenne. Mais leurs électeurs, en nombre toujours grandissant, n’ont certainement pas voulu exprimer un amour immodéré pour l’UE en s’exprimant de la sorte. C’est un euphémisme.

Attendons le verdict des électeurs italiens, hongrois, suédois. Mais tout laisse à penser que les partis génétiquement pro-européens ne sortiront pas triomphants de ces échéances

Pas plus, probablement, que leurs homologues italiens (en mars), hongrois (en avril), ou suédois (en septembre) ne plébisciteront Bruxelles. Attendons évidemment le verdict de ceux-ci. Mais à ce stade, tout laisse à penser que les partis génétiquement pro-européens – chrétien-démocrates et sociaux-démocrates – ne sortiront pas triomphants de ces échéances.

Au Royaume-Uni, au-delà des vicissitudes politiques intérieures, les électeurs pro-Brexit ne désertent nullement. A l’autre bout du continent, des centaines de milliers de Grecs défilent pour des raisons qualifiées de « nationalistes » à Bruxelles (la querelle portant sur l’appellation Macédoine), au grand dam des dirigeants européens. Déjà, le crédit de l’UE au sein du peuple hellène n’était pas vraiment à son Zénith.

Bref, comme le résume avec entrain Sylvie Kauffmann, « la confiance envers l’Union européenne a été renforcée dans l’ensemble des opinions publiques des Etats membres ». Seule ombre au tableau : les divergences des dirigeants européens sur la politique commune d’asile et d’immigration ou sur la gouvernance économique européenne – en fait les gros dossiers qui se profilent dans la prochaine période.

Surmonter les désaccords persistants, tel est donc « le défi pour ceux qui veulent relancer l’Europe », martèle la chroniqueuse. « Relancer l’Europe » ? Mais celle-ci n’était-elle pas justement « de retour » ? On s’y perd un peu…

tel est le cœur de la foi : peu importe le problème, la solution passe par plus d’Europe

Mais on se retrouve, Dieu merci, sur la conclusion, aussi décoiffante qu’inattendue : « si l’Europe veut avoir les moyens de protéger ses citoyens contre les déséquilibres qui ont fait le lit des forces extrémistes et nationalistes, elle doit se renforcer ». Car tel est le cœur de la foi, et la péroraison de tout sermon : peu importe le problème, la solution passe par plus d’Europe.

Récemment, la directrice éditoriale du Monde consacrait une chronique à la chaîne RT France, qu’elle s’était contrainte de regarder pendant une semaine. Faute, sans doute, d’avoir repéré les malheureuses « Fake news » tant attendues, Sylvie Kauffmann avouait : « je me suis beaucoup ennuyée ».

Par bonheur, cette pénible mésaventure ne risque pas d’arriver à ses propres lecteurs.

 

 

Ces enjeux seront débattus lors des Rencontres que Ruptures organise le 9 février à l’ENS, avec des invités de choix, sur le thème : Qui décide, qui influence ? Qu’en est-il de la « souveraineté européenne » vantée par l’homme qui se compare à Jupiter ?

Il est vivement conseillé de s’inscrire dès maintenant :
rencontres@ruptures-presse.fr

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  • Alain Pucciarelli

    Mme Kaufmann est Young leader, à savoir qu’elle est officiellement un agent d’influence des States. Elle est donc une pro UE patentée. Tout est dit à son propos.