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En Ukraine, des violences sur lesquelles l’UE ferme les yeux

Une conférence était organisée le 28 février, dans l’enceinte du Parlement européen à Bruxelles, par Tatiana Zdanoka, eurodéputée lettonne russophone, membre du groupe Verts/Alliance libre européenne. La conférence avait pour titre « Trois ans après les tragédies de Kiev et d’Odessa, où en sont les résultats des enquêtes ? ». Bruno Drweski, de l’équipe de Ruptures, y a participé.

En février 2014, sur la place Maïdan de Kiev, de nombreux manifestants et des policiers avaient été tués par des tireurs toujours non identifiés et qui, au regard des témoignages, semblent avoir été des agents provocateurs : issus de l’extrême droite nationaliste selon l’opinion la plus élaborée, du gouvernement Ianoukovitch selon les partisans de l’« euromaïdan ».

A Odessa, le 2 mai 2014, les militants des stands anti-Maïdan installés devant la maison des syndicats furent refoulés par des militants nationalistes dans le bâtiment qui fut ensuite incendié. Les victimes qui ont réussi à s’échapper furent souvent attaquées, blessées et tuées par des groupes armés.

La conférence a commencé par la projection de séquences du film Trois ans après le Maïdan : pourquoi l’enquête s’est enlisée ?, produit par des journalistes et metteurs en scène ukrainiens. Un documentaire, Les cœurs brûlés, fut également projeté en milieu de séance, consacré à l’une des jeunes victimes des violences d’Odessa.

A Odessa, le 2 mai 2014, les victimes qui ont réussi à s’échapper furent souvent attaquées, blessées et tuées par des groupes armés

Plusieurs intervenants se sont succédé au cours de la conférence.

Alexander Hug, observateur en chef de l’OSCE pour l’Ukraine, a confirmé que, partout en Ukraine, dans la période Maïdan et post-Maïdan, des violences entraînant de nombreuses victimes se sont produites, avec comme point culminant les tirs sur le Maïdan, puis l’incendie d’Odessa. L’enquête concernant le premier drame avance très lentement ; celle portant sur Odessa n’a toujours pas dépassé l’étape préparatoire. Beaucoup de preuves et de témoignages ont été détruits sans réaction de la part des institutions judiciaires.

Rouslan Kutsaba, journaliste d’Ukraine occidentale, au départ plutôt favorable aux manifestants, a voulu donner la parole aux différentes tendances en se concentrant sur les faits. Il a observé la stratégie de violence armée des partis Svoboda et Pravy Sektor. Ayant enquêté sur les dizaines de manifestants tués par les tireurs, il est arrivé à la conclusion que ceux-ci visaient à partir des chambres de l’hôtel « Ukraine » occupées par les deux formations d’extrême-droite.

C’est ce qu’un journaliste de la BBC avait également pu filmer, et qu’un ministre estonien allait de son côté confirmer, après avoir interrogé les médecins soignant les victimes. Pourtant, trois membres des Berkut, les forces de l’ordre, sont aujourd’hui condamnés pour avoir tiré sur les manifestants.

M. Kutsaba a depuis comparé cet événement avec d’autres situations qui se sont produites dans des situations d’émeutes ou de troubles – Yougoslavie, Libye, Syrie, Bahreïn… – et est arrivé à la conclusion que, dans tous ces cas, on a assisté à l’action de tireurs visant à la fois les forces de l’ordre et les manifestants afin d’exacerber les tensions.

Cette expérience a amené le journaliste à considérer que le pouvoir à Kiev était en partie responsable des tensions qui ont abouti à la guerre au Donbass. Il a ainsi lancé un appel sur son blog aux appelés du contingent à refuser la mobilisation. Rouslan Kutsaba a alors été arrêté et maintenu en prison pendant plus d’un an sous l’accusation de trahison. Il a été libéré lorsque l’enquête n’a pas abouti et qu’un mouvement de solidarité en sa faveur s’est exprimé.

Plus globalement, le journaliste affirme qu’il règne une situation de non-droit en Ukraine, ce qui ne provoque aucune réaction de la part de l’Union européenne.

Le journaliste affirme qu’il règne une situation de non-droit en Ukraine, ce qui ne provoque aucune réaction de la part de l’Union européenne.

Pour sa part, Vasil Tsouchko, ancien ministre de l’intérieur (2006-2007) puis chef du département de lutte anti-monopole (2010-2014), a noté qu’il y a eu une augmentation allant de 30% à 40% des actes de violence en Ukraine au cours de l’année 2016. Selon lui, plusieurs facteurs y contribuent : une situation économique qui empire ; l’augmentation du nombre de groupes armés possédant illégalement des armes ; l’augmentation de l’émigration qui laisse de nombreuses personnes âgées seules ; et la paralysie du système légal (désagrégation du système judiciaire et administratif, corruption, menaces visant les fonctionnaires…).

M. Tsouchko a proposé de créer un comité international indépendant qui aurait pour tâche d’enquêter sur les affaires et actes de violence politiques. Il a enfin rappelé que l’Ukraine possédait de nombreux réacteurs atomiques et qu’on devait être conscient qu’un effondrement de ce pays aurait des conséquences au niveau de toute l’Europe et du monde.

Jevhen Milev, frère d’un ingénieur d’Odessa assassiné le 2 mai 2014, a décrit la situation qui régnait sur la place Koulikovo ce jour-là, en produisant des indices probants contre les acteurs des violences et des crimes. Une partie des assassins contre qui on possède des éléments à charge (témoins, films…) ont fait depuis lors carrière dans le SBU (police d’Etat ukrainienne). Aucun des assaillants n’a été mis en accusation. En revanche, des victimes des violences ont été et sont toujours emprisonnées pour « trahison ». L’enquête a d’abord été close sans suite, avant de reprendre sous la pression de l’opinion.

Lors des sessions du tribunal en 2016 et depuis le début 2017, des groupes de personnes armées et masquées ont pénétré dans la salle du tribunal pour menacer les victimes et les familles de victimes, sans que cela n’entraîne aucune réaction de la part du parquet. Les enquêteurs comme les familles subissent en permanence des pressions et des menaces de la part de groupes d’extrême droite, en particulier d’anciens participants aux violences du 2 mai 2014.

Plusieurs témoins ou rescapés laissés en liberté ont été tués au cours des deux dernières années et aucune enquête n’a été engagée sur ces meurtres. Les médias ukrainiens mènent en revanche en permanence des campagnes visant les victimes, alors que les auteurs des violences sont encensés comme des patriotes luttant pour l’indépendance.

Dans tout le pays, on assiste à des meurtres de journalistes et de militants politiques.

Du reste, dans tout le pays, on assiste à des meurtres de journalistes et de militants politiques. Jevhen Milev ne croit plus dans la possibilité de faire respecter le droit en Ukraine. Mais des actions en justice ont été engagées contre les personnes critiquant les ultranationalistes ou la guerre au Donbass, ce qu’il résume sous la formule : « on peut tuer sans réaction, mais ‘diffamer’ les nationalistes est un crime ».

Andreï Karkichtchenko, l’avocat de dix victimes des violences d’Odessa, a confirmé que les groupes nationalistes qui sont arrivés à Odessa le 2 mai 2014 provenaient d’autres villes, souvent de clubs de supporters de foot liés à différents oligarques ou à des groupes nationalistes. Les autorités ont refusé d’engager des poursuites contre eux, même face à des preuves incontestables de leurs crimes.

Ainsi, Vsievolod Gontcharevski, un des assassins filmé au moment des violences lorsqu’il utilisait une batte de baseball pour achever des victimes brûlées qui avaient réussi à s’échapper du bâtiment en flamme, n’a toujours pas été mis en accusation, mais profite de sa liberté pour menacer publiquement les victimes et les familles de victimes.

Les enquêteurs ne sont pas parvenus jusqu’à aujourd’hui à trouver de preuve contre aucune des victimes. Pourtant, une trentaine d’entre elles et vingt autres personnes sont toujours en emprisonnées. L’une d’entre elles est morte en prison dans des circonstances étranges. D’autres, désespérées, ont fait des tentatives de suicide.

L’avocat rappelle qu’on n’a jamais réussi à trouver d’« agent russe » parmi les accusés malgré les campagnes médiatiques évoquant une manipulation russe de l’événement. Il y avait sur la place Koulikovo un seul citoyen russe, qui n’était qu’un simple témoin des événements. Arrêté et toujours emprisonné, il a bénéficié d’une décision du tribunal de le libérer… mais des pressions venant du bataillon Azov ont réussi à pousser les juges à finalement le maintenir en prison.

Le journaliste belge Michel Collon a pour sa part comparé les méthodes observées en Ukraine, au Venezuela, et lors des « printemps arabe » où l’on a trouvé des tireurs visant policiers et manifestants. L’intervenant a affirmé l’existence dans chaque cas de liens des provocateurs avec la CIA. Il a appelé à créer un réseau international d’échanges d’informations pour atteindre l’opinion publique et permettre le lancement de campagnes internationales d’éclairage et de solidarité.

Enfin, l’organisatrice de la rencontre, Tatiana Zdanoka, a estimé qu’en 1990, au plus fort des manifestations antisoviétiques à Riga et à Vilnius, il y avait également eu des tireurs qu’on n’a jamais pu identifier. Selon elle, la présence successive dans ces deux villes d’un citoyen américain, Gene Sharp, spécialiste des stratégies de « changement de régime », ne devait rien au hasard.

Pour ma part, j’ai insisté sur l’intérêt qu’il y aurait à ce que les militants, journalistes et députés ukrainiens engagés sur ces questions fournissent des dossiers élaborés présentant l’état de ces enquêtes en Ukraine. Ces documentations pourraient être adressées à des juristes et des associations de juristes en Europe.

Rappeler aux citoyens des pays membres de l’UE que leurs impôts servent à aider le régime de Kiev.

Il pourrait également être utile de rappeler aux citoyens des pays membres de l’UE que leurs impôts servent à aider le régime de Kiev.

Par ailleurs, il faut noter que les méthodes illégales utilisées en Ukraine pourraient bien se répandre vers l’Ouest, comme le montre l’arrestation et la prolongation depuis un an d’une enquête menée en secret en Pologne contre le chercheur et journaliste Mateusz Piskorski, qui a pris position contre la politique menée par Kiev.

Enfin, le rôle du sentiment populaire ne doit pas être négligé, ce qu’on a pu constater récemment avec le revirement du chef du parti au pouvoir en Pologne (le PiS), Jaroslaw Kaczynski : celui-ci avait activement milité sur la place Maïdan en 2014, et depuis, en faveur de la politique en cours à Kiev ; mais il a dû récemment déclarer que la voie de l’Ukraine vers l’UE resterait fermée tant qu’il y aurait héroïsation officielle de la figure de Stepan Bandera. Un infléchissement qui s’explique par la prise en compte de l’état d’esprit de son électorat de Pologne orientale.

Bruno Drweski

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  • chb

    L’Europe en partie responsable… comme lors de la destruction de la Libye et celle (pas terminée non plus !) de la Syrie. La France a particulièrement joué les boutefeux dans ces trois « révolutions », avec des résultats à chaque fois terribles pour les peuples. Quel cynisme, de la part de l’ex empire français, membre du bien mal nommé Conseil de sécurité de l’ONU.

  • Emmanuel Graff

    La Révolution ukrainienne était légitime, ensuite le Kremlin a décidé d’empècher le pays d’envisager tout développement. Maintenant, critiquer est facile, mais quel pays ayant sur son sol la 2ème armée du monde, pourrait avancer de manière satisfaisante ?

    • Lilly Lévy-Jarguel

      tiens, l’ami des affairistes criminels en Ukraine, ceux qui exploitent ce pays sans vergogne, on vous a reconnu. Il n’y pas eu de révolution mais coups d’état déguisé en révolution selon les bonnes méthodes connues de Gène Sharp, NED de Georges Soros, comme en ex-Yougoslavie, Roumanie, Serbie, et tous les pays de l’ex-espace soviétique. des massacres avec des régimes à poigne. Ainsi une minorité agissante, pille ces pays, comme les pays arabes sous leurs hivers dictatoriaux après les prétendus printemps. Venir ici défendre l’indéfendable, on doit bien vous payer : http://uacrisis.org/fr/41093-francais-les-justes-finissent-toujours-par-gagner-interview-avec-le-cineaste-emmanuel-graff
      Allez retournez chez votre pote BHL, Gluksmann et les Vitkines qui mentent sans cesse. La soupe est bonne chez Atlantic Council ..

      • Emmanuel Graff

        Me payer ? Vous etes mal renseigné. Quant à votre prose, elle est un agglomerat de poncifs ultrareactionnaires et donc il est difficile de repondre quoique ce soit à «ça».

        • Lilly Lévy-Jarguel

          ah pardon mais les ultra-réactionnaires sont vos amis et vous mêmes avoir dit « bravo » a la délation des sites « pro-russes » comme l’a fait une journaliste Agnès Lecompte, voir en bas vos paroles : https://lesbrindherbes.org/2015/03/19/appel-a-la-delation-des-sites-pro-russes/ je lis : »
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          Arnold David, Mateï Christofovitch, Julia Tychee et 18 autres personnes aiment ça.

          Paul Tymko Est-ce limitatif ?

          13 août 2014, 12:09 · 1
          Agnès Lecomte OH que non malheureusement !!

          13 août 2014, 12:09 · 4

          Olga Skaïa Argh! Merci

          14 août 2014, 00:16 · 3

          Hania Pietrzyk le site « signalement » semble bloquer au moment de l’envoi

          16 août 2014, 07:54 · 1

          Agnès Lecomte oui,
          je me suis fait la même remarque…serait-il piraté ? j’ai déjà essayé 2
          fois ce jour… à suivre, donc, mais signalement facebook possible, même
          s’ils sont longs à la détente !

          16 août 2014, 07:56 · 1

          Gilles Dutertre Très
          gros travail, merci ! J’ai déjà utilisé le site de signalement, mais
          rien ne prouve, pas même un accusé de réception automatique, que ce soit
          suivi d’effet.

          26 août 2014, 04:58 · 2

          Cécile Vaissié Beau travail utile ! Bravo !

          30 août 2014, 14:49 · 3

          Alain Perchoc Je me joins à tous, merci, un super travail Agnès…

          31 août 2014, 01:55 · 1

          Agnès Lecomte merci !

          31 août 2014, 01:57 · 1

          Ingrid Grisard Bravo Agnès ! Formidable travail !!

          31 août 2014, 02:00 · 1

          François Devilliers dakouyou agnes

          2 mars, 09:04 · 1

          François Devilliers agnes j’ai signalé parfois ces sites ca ne marche pas sur facebook

          2 mars, 09:15 · 1
          Basile Chrin Je
          m’associe à mes petits camarades, femmes et hommes, pour saluer ce
          travail de Romain. Phénoménal aussi le nombre de ces sites toxiques et
          ce n’est donc pas limitatif ! Nous sommes des petits joueurs à côté de
          ces bandes organisées.
          2 mars, 09:17 · 2

          Emmanuel Graff

          Untrès grand bravo. On peut partager librement pour informer ? Je ne sais
          pas si c’est dans la liste mais il y a aussi ce site infect: http://infobeez.com/

          http://webcache.googleusercontent.com/search?q=cache:qm-COYJMJRgJ:https://fr-fr.facebook.com/notes/agn%25C3%25A8s-lecomte/liste-des-sites-et-pages-facebook-fran%25C3%25A7aises-pro-russes-et-soutenant-novorossia/841160505909023+&cd=1&hl=fr&ct=clnk&gl=fr

          Voilà la méthode bien « vichyssoise » de Mr Emmanuel Graff qui s’énorgueillit de ficher les noms et les sites soit disant pro-russes mais surtout ne faisant plus confiance aux mensonges de la presse et des journalistes à gage. BRAVO ! Et surtout ne répondez pas sur les faits mais bien des ad hominem. Donc vous devez être bien payé pour faire ce sale boulot …

          • Emmanuel Graff

            J’ignore qui vous êtes mais les accusations d’être payé pour je ne sais pas bien quel travail, il va falloir arrêter car ça va finir par un peu m’énerver et être suivi de poursuites à votre encontre si ça continue (je doute que le site qui lit et accueille notre « conversation » soit tout à fait d accord de cautionner ce genre de pratique), 2) si des gens répertorient des sites de propagande ça les regarde et je ne vois pas en quoi je serais concerné par la fabrication de ces listes qui par ailleurs, ne me semblent pas critiquables quand on sait ce que certains de ces sites en effet diffusent des fakes en permanence notamment, mais toujours est-il que je ne vois pas en quoi je suis concerné par la fabrication de ces listes, vous confondez tout et parlez sans savoir, 3) il est patent que l’ultraconservatisme est du coté de ceux qui le promeuvent à longueur de journée dans les discours et les pratiques voire la promulgation de lois et en cela, il me semble que vous qui approuvez cette vision du monde. Sur ce, je ne saurais que trop vous conseiller d’arrêter de m’accuser de tout et importe quoi et de me sortir de vos fantasmagories. Et je propose aussi que cette discussion s’arrête là, vous écrivez bp de choses sans aucune connaissance réelle.

          • Lilly Lévy-Jarguel

            ah pardon, mais c’est votre nom avec vos ami-e-s qui faites des « listes » de « mauvais français », assumez Mr. Je vous accuse, vous journalistes, de faire du lynchage au profit d’un pays « non ami », bien que le peuple ukrainien, ne puisse rien pour la plupart contre les agissements d’une clique au pouvoir. Ne confondez pas les rôles, les ultra-conservateurs sont de votre côté, les noms de sites cités vous les connaissez bien et reconnaissez votre nom parmi les « chasseurs » soit disant « pro-russe ». Donc je harcèle personne mais quand on reçoit des menaces des « banderistes », c’est que vos listes ont bien été posté sur le site Myrotvorets,https://en.wikipedia.org/wiki/Myrotvorets

            Des hackers bien connus et censeurs. Alors méditez Mr Graff ce que vous faites et a la fin on verra qui aura raison, sur toute la ligne. Vous aidez ces gens là et non moi qui subit comme tous les citoyens de tous les peuples. La Charte de Munich vous connaissez ?

            A bon entendeur salut .

          • Emmanuel Graff

            Vous allez me faire méditer vous ? JE garde mes valeurs, gardez les vôtres et cessons ce débat stérile, merci.