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Un député LREM appelle à réformer le transport public… pour faire face aux chèvres !

Ralenti en raison de la présence de chèvres sur les voies, le député LREM Philippe Bolo parvient à faire un lien surprenant entre cet incident et le rapport Spinetta.

La semaine est entamée. L’air est glacial en ce début de soirée. Philippe, quinquagénaire en costard, est satisfait d’être au chaud à bord de son train. Mais cet ingénieur agronome (et député LREM), ne sait pas encore ce qui l’attend. On l’imagine légèrement affalé sur son siège, côté fenêtre, la tempe appuyée contre la vitre, les paupières alourdies… De son esprit, disparaissent peu à peu les visages rencontrés en gare, «ce lieu où l’on croise ceux qui réussissent et ceux qui ne sont rien.» (Emmanuel Macron, 29 juin 2017)

«Une gare, c'est un lieu où on croise les gens qui réussissent et les gens qui ne sont rien»…

Publié par L'abonné Ruptures sur vendredi 23 février 2018

 

C’est alors qu’un ralentissement du convoi vient interrompre les rêveries du député. Il ouvre les yeux et se redresse lentement. Deux rotations du cou suffisent : clairvoyant, Philippe réalise qu’il est à l’arrêt dans un tunnel. Après plusieurs longues minutes d’attente, une annonce vient confirmer son intuition et apporter plus de précision : « la ligne est ralentie suite à la présence de chèvres sur les voies ». Contrairement aux autres passagers qui l’entourent, Philippe est emporté par un élan de sagacité. Dans le but de le faire partager à la France entière, il dégaine son smartphone et tweete…

https://twitter.com/phbolo/status/966343675621117952

Si la présence de bovidés sur les voies ferroviaires ne vous interpelle pas un minimum sur l’urgente nécessité de privatiser les transports publics, nous vous encourageons sans plus attendre à interpeller directement Philippe Bolo sur son compte twitter. Vous pourrez ainsi évaluer personnellement la pédagogie (complexe ?) d’un élu En Marche (fût-ce à vitesse réduite) !
Philippe Bolo compterait-il sur un opérateur privé peu scrupuleux prêt à foncer sur les malheureux caprins ? Resterait à trouver un slogan poétique pour une démarche peu éthique…

Au delà des herbivores ruminants… l’Union européenne !

Si certains considèrent les chèvres comme un argument de taille dans la démarche de privatisation de la SNCF, il est important de rappeler le contexte de servitude (volontaire) de la France vis-à-vis de l’Union européenne concernant la rédaction du fameux rapport Spinetta évoqué par Philippe Bolo.
En effet, à travers une série de « paquets ferroviaires », c’est bien l’UE qui enjoint à la France de mettre en œuvre l’ouverture progressive de la SNCF à la concurrence.
Le rapport Spinetta s’inscrit précisément dans le « quatrième paquet » dont l’objectif est la libéralisation totale des transports de voyageurs par rail en Europe.

D’aucuns affirmeront que la « rigidité » du service public ne peut plus durer. D’autres ont commencé à ressentir la transition du public vers le privé, notamment avec les fameux « cars Macron » : au lieu de développer une politique d’accès pour tous au réseau ferroviaire national, en 2015, Emmanuel Macron encourage des compagnies de car privées (telles que flixbus) à proposer aux plus modestes un allongement des temps de trajet et un confort réduit pour organiser leur voyage en fonction de leur budget !
En 2017, la France se classait encore dans le top 5 parmi les pays dotés de la meilleure infrastructure ferroviaire dans le monde…

Dans le cadre du rapport Spinetta, l’ouverture de la SNCF à la concurrence prévoit des fermetures de lignes secondaires : de quoi en devenir chèvre !

Fabien Rives

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