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Le Monde s’angoisse vraiment de plus en plus

« Non ai-je dit deux fois. Faut-il donc que je trisse ? ». On ne sait si nos estimés confrères du Monde avaient en tête cette réplique célèbre de Cyrano. Toujours est-il qu’après avoir consacré un éditorial à la catastrophe que constituerait l’élection de Marine Le Pen entraînant la sortie de l’euro et de l’UE, ils n’ont pas attendu vingt-quatre heures pour remettre le couvert – quasiment en termes identiques. Ce bis repetita est pour le moins singulier. On s’interrogeait hier ici même sur les raisons de cette fébrilité soudaine. La question devient désormais angoissante…

C’est cette fois Arnaud Leparmentier, directeur éditorial, qui consacre sa chronique au même thème. Manifestement, la frayeur qui a saisi le quotidien du soir est justifiée par cet effroyable constat (dont se scandalisait déjà Manuel Valls le sur BFMTV, le 16 janvier) : « l’expérience le montre avec Trump, les populistes tiennent leurs promesses ». Ce qui, chacun en conviendra, est tout de même le summum du mauvais goût.

La première partie de l’article vise à souligner que la victoire de la candidate présentée par le Front national n’est plus irréaliste. Et qu’en conséquence, le retour à la monnaie nationale pourrait bien se profiler. Du coup, affirme le chroniqueur, « vos euros vaudront un tiers de moins ». Un tiers. L’affirmation tombe tellement sous le sens qu’elle ne mérite aucune ébauche de démonstration.

Dès lors, « la panique sera complète » affirme le quotidien de référence, fidèle à son sens de la nuance et de la prudence journalistiques, de sorte que « chaque Français doté de jugeote ira ouvrir un compte en banque en zone mark tant qu’il en est temps et entassera des euros sous son matelas ». A l’attention des smicards et chômeurs, précisons qu’il faut sans doute traduire ici le terme « jugeote » par « importantes liquidités ».

Leparmentier poursuit : « résultat mécanique de cette fuite des capitaux, une envolée des taux d’intérêt ». Avec à la clé l’abomination des abominations : « Marine Le Pen imposera un contrôle des changes ». Or l’auteur le rappelle opportunément : « on a déjà connu cela, c’était après les errements de 1981 ».

Il pointe ensuite un autre séisme non moins cauchemardesque : « les dettes ». « Etat, particuliers, entreprises et banques devront rembourser aux non-résidents plus de 300 milliards d’euros brut ». Et le drame se poursuit : « les entreprises tenteront de rembourser en pauvres francs, mais elles se verront saisir leurs biens dès qu’elles mettront le pied à l’étranger. Il en ira de même pour toutes les banques françaises, qui prétendront honorer leurs prêts interbancaires en pauvres francs ».

On imagine déjà, non sans émotion, les banquiers en haillons, qui, patientant dans la queue de la soupe populaire, tenteront désespérément de se refiler entre eux leurs billets de banque crasseux et dévalués. Au final, après que le gouvernement aura imposé de rembourser en francs les dettes libellées en euros, « les agences de notation déclareront la France en faillite ». « Les Français se retrouveront noyés dans des billets de Monopoly ». Clap de fin.

Dévaluation d’un tiers, « panique complète », « résultat mécanique », saisie des biens… Tout cela ne souffre pas contestation puisqu’à l’évidence, la chronique fut passée au crible sévère des Décodeurs, cette équipe chevronnée chargée, au Monde, de repérer les affirmations douteuses, la propagande partisane, et plus encore les fausses nouvelles (« fake news ») distillées par les médias indélicats (c’est-à-dire russes, évidemment).

A ce propos, et puisqu’au Monde, on semble décidément adorer les films d’horreur, on conseillera à nos amis fin limiers décodeurs, de visionner un documentaire diffusé le 8 février par la deuxième chaîne publique allemande (la ZDF). Il relate la manière dont les services russes ont peut-être infiltré les demandeurs d’asile arrivant en Allemagne pour mieux déstabiliser notre voisin d’outre-Rhin. Arnaud Leparmentier, qui connaît bien ce pays pour y avoir été correspondant pendant plusieurs années, pourrait jeter un œil avec intérêt à ce reportage : si notre pays est menacé de sombrer dans la faillite, la République fédérale pourrait pour sa part tomber dans les griffes de Vladimir Poutine.

Décidément, on ne nous dit pas tout.

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