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Les élites paniquent

« C’est la fin du monde », a lâché Manuel Valls (BFMTV, 16/01/17), qui n’évoquait pas les résultats de la primaire socialiste, mais la perspective d’une « alliance entre Trump et Poutine ».

« Donald Trump (est) décidé à détruire le projet européen », s’épouvante l’éditorial de Libération (18/01/17). Et Le Monde (19/01/07) sonne le tocsin : « le président des Etats-Unis s’est lancé dans une opération délibérée de déstabilisation de l’Allemagne (…) c’est toute l’Europe qui est attaquée ».

L’UE est confrontée à l’un des « plus grands défis de ces dernières décennies » alerte pour sa part Angela Merkel. Le Commissaire européen Pierre Moscovici s’étrangle : « on a une administration américaine qui souhaite le démantèlement de l’Union européenne, ce n’est pas possible ! ». Quant au Secrétaire d’Etat américain sur le départ, il a exhorté le gratin des élites mondialisées réuni à Davos à se « rappeler pourquoi nous avons fait ce voyage de 70 ans ensemble ». John Kerry semble ainsi évoquer l’axe euro-atlantique… au passé.

C’est peu dire que les dirigeants occidentaux sont livides. On les comprend. Dans un entretien publié quelques jours avant sa prise de fonctions, Donald Trump a confirmé les éléments qui faisaient déjà trembler Bruxelles lors de sa campagne électorale. Or, comme l’a fait remarquer M. Valls, décidément inspiré, « on a oublié qu’un populiste peut vouloir mettre en œuvre son programme ».

Sera-ce le cas avec le nouvel hôte de la Maison-Blanche ? Pour l’heure, la prudence doit rester de mise. Mais si M. Trump passe, ne serait-ce que partiellement, de la parole aux actes, alors oui, ce sera bien la fin d’un monde, l’amorce d’un changement d’ère historique. Car qu’a dit le milliardaire dans l’entretien publié par les quotidien allemand Bild et anglais The Times ? Que le Royaume-Uni a été « intelligent » de quitter l’UE ; que cette dernière n’était que le « véhicule de la puissance allemande » ; qu’il comptait bien que d’autres Etats imitent le Brexit ; qu’il se réjouissait de préparer un accord commercial séparé avec Londres ; et que le libre échange mondial (donc notamment le TTIP) était désormais caduc.

Le nouveau président américain a confirmé qu’il jugeait l’OTAN « obsolète » ; qu’un grand accord avec Moscou visant au désarmement nucléaire « serait dans l’intérêt de beaucoup de gens » ; et que, conséquemment, les sanctions contre la Russie pourraient bien être remises en cause. Mobilisant tout son sens de la litote, le Secrétaire général de l’Alliance atlantique s’est dit « préoccupé ». Le Monde enrageait déjà fin décembre (22/12/16) : M. Trump « veut être l’homme du renouveau industriel américain, pas le shérif d’un ordre démocratique occidental à maintenir et propager ». Impardonnable ! A Davos, Joseph Biden, encore vice-président américain pour deux jours, a lancé un appel désespéré pour « sauver l’ordre libéral international »

C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre les derniers gestes de Barack Obama visant à savonner la planche de son successeur. Entre autres : l’expulsion de 35 diplomates russes (à laquelle Moscou n’a pas répliqué, ce qui a été salué par Donald Trump), et le déploiement massif et accéléré de troupes et d’armements en Pologne ainsi que dans les pays baltes (mais aussi en Norvège).

Faut-il dès lors s’étonner de l’hystérie croissante contre la Russie ? Moscou est pêle-mêle accusé de promouvoir (avec un succès grandissant) ses médias publics à destination de l’Occident, d’envahir les réseaux sociaux par de fausses nouvelles, et de pirater les ordinateurs des institutions occidentales. Selon la CIA, la NSA, et le FBI – et Dieu sait que ces nobles échoppes ne peuvent dire que la vérité – Vladimir Poutine aurait ainsi influencé l’élection américaine en faveur de son favori et bien sûr sablé le Champagne. Retransmis par Arte (06/01/13), le grand chef (sortant) du renseignement, James Clapper, a ainsi déclaré : « les Russes ont une longue expérience de l’ingérence électorale, qu’il s’agisse de leurs propres scrutins ou de ceux des autres ». Humour involontaire ?

Et déjà, l’hôte du Kremlin se préparerait à prendre en main les électeurs néerlandais, français, puis allemands, qui se rendront aux urnes en 2017, pour que les uns et les autres choisissent des formations anti-UE (ou réputées telles).

Car, évidemment, sans ces sombres manœuvres, les citoyens seraient enthousiastes pour plébisciter une Union européenne de plus en plus populaire et légitime.

Encore une coupe, Vladimir Vladimirovitch ?

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