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Églises de tous les pays, unissez-vous pour sauver l’UE !

Nous avons vu précédemment que le pape François était un vibrant partisan de la construction européenne (cf. notre article « Papeuropéen »). Sans surprise, la Commission des épiscopats de la Communauté européenne (COMECE) et la Conférence des Églises européennes (CEC), qui rassemblent des représentants des épiscopats européens, viennent de confirmer cette orientation.

Selon le communiqué de presse de la COMECE, le cardinal Marx (ça ne s’invente pas), président de cette même organisation, et l’évêque anglican Christopher Hill, qui est à la tête de la CEC, se sont réunis le 31 mars « pour renforcer l’engagement œcuménique de l’Église dans le projet européen par tout moyen nécessaire pour faire face aux défis actuels. » À l’occasion des « célébrations » du 60e anniversaire du traité de Rome, ils ont ensuite rencontré Jean-Claude Juncker, « dans le cadre du dialogue ouvert, transparent et régulier entre l’Union européenne et les Églises ».

Le communiqué précise que ce dialogue se déroule « selon l’article 17 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne ». Voici l’alinéa 3 de l’article en question : « Reconnaissant leur identité et leur contribution spécifique, l’Union maintient un dialogue ouvert, transparent et régulier avec ces églises et organisations. » Avec un tel souci d’écoute, on comprend que les représentants des différentes religions applaudissent la construction européenne et cherchent à en colmater les brèches.

Le Dr Hill et le cardinal Marx sont d’ailleurs très clairs dans leur déclaration commune : « Nous croyons plus que jamais dans le projet européen et qu’un chemin commun reposant sur des valeurs partagées est la meilleure des voies. » Selon les deux religieux, le bilan de la construction européenne est globalement positif : « les Européens ont pu bénéficier de périodes de paix historiques, de l’expansion de la démocratie sur le continent et d’une liberté accrue de travailler, de voyager et d’étudier. » On peine à percevoir la moindre différence avec le discours des dirigeants politiques les plus eurobéats.

« Dans 20, 30 ou 50 ans, les citoyens se demanderont : où était l’Église pendant les discussions sur l’avenir de l’Europe ? » – le cardinal Marx, président de la COMECE

Les deux hommes d’Église sont confiants pour l’avenir : « Ensemble, l’Europe peut faire face aux défis sociaux et économiques liés à la mondialisation, y compris les inégalités sociales toujours présentes à l’intérieur de ses frontières. » Comme avec le pape, on repassera pour savoir ce qui justifie un tel optimisme. Sans doute la « foi européenne ».

En marge de l’événement, Mgr Reinhard Marx – qui est aussi le cardinal de Munich –, s’est interrogé : « dans 20, 30 ou 50 ans, les citoyens se demanderont : où était l’Église pendant les discussions sur l’avenir de l’Europe ? » Rendez-vous dans 50 ans pour vérifier cette audacieuse prédiction ?

D’après EurActiv, Jean-Claude Hollerich, l’archevêque du Luxembourg, considère pour sa part « que l’on doit à tout prix éviter une désintégration de l’Europe et qu’une “union fragile est toujours mieux que pas d’union du tout”. » On le voit, Mgr Hollerich pourrait tout à fait remplacer son compatriote Jean-Claude Juncker à la tête de la Commission européenne. Et inversement. Monseigneur Juncker, cela sonne bien.

« Accompagner les politiques et initiatives législatives de l’Union européenne dans chaque domaine d’intérêt pour l’Église » – la « Mission » de la COMECE

À la fin de leur déclaration commune, les présidents de la COMECE et de la CEC se disent favorables à un approfondissement de l’unification européenne : « nous espérons un avenir pour l’Europe qui rencontre et aille au-delà de la vision établie il y a environ 60 ans. »

Quoi qu’il en soit, Bruxelles peut compter sur l’appui la COMECE, voici comment celle-ci définit sa « Mission » : « Accompagner les politiques et initiatives législatives de l’Union européenne dans chaque domaine d’intérêt pour l’Église par le biais de contacts régulier avec les décideurs politiques de l’UE, les parlementaires européens et les hauts fonctionnaires des Institutions européennes. L’objectif étant de communiquer aux Institutions et aux décideurs de l’UE les points de vue et positions des conférences épiscopales des États membres sur l’Intégration européenne à la lumière de la Doctrine Sociale de l’Église, mais également de leur offrir la collaboration de l’Église et de répondre à leurs questions et préoccupations éventuelles. »

Du lobbying religieux, en somme. Et qui semble mieux fonctionner que celui des syndicats de travailleurs.

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