Le second tour de l’élection présidentielle au Portugal s’est déroulé le 8 février, dans un pays secoué par des fortes tempêtes et inondations. Le socialiste Antonio Jose Seguro (photo, à gauche) a été élu avec 66,6 % des suffrages. Il succédera donc à Marcelo Rebelo de Sousa, issu de la droite, souvent présenté comme consensuel, qui ne pouvait se représenter au terme de son second mandat.
Mais c’est son adversaire, André Ventura (photo, à droite), dirigeant et fondateur du parti Chega classé à l’extrême droite, qui apparaît en réalité comme le véritable gagnant avec 33,3 % des voix. Il consolide en effet la percée de son mouvement, amorcée lors des années 2020. Lors du premier tour, le 18 janvier, M. Ventura a rassemblé 23,5% des électeurs.
Des semaines avant le premier tour, les sondages semblaient indiquer que cinq candidats pouvaient espérer se qualifier pour le second tour, signe d’une fragmentation nouvelle du paysage politique portugais, jusqu’à présent dominé par deux grandes forces : le Parti socialiste (PS) et le Parti social-démocrate (PSD, classé au centre droit en dépit de son appellation).
Soutenu tardivement par le PS, dont il fut secrétaire général, M. Seguro a obtenu 31,1% des suffrages au premier tour. Il passe pour se situer à la droite de son propre parti : il était à la manœuvre en 2011, au moment des politiques d’austérité mises en œuvre par le PS puis par la droite à la suite de la crise de la dette – une période où la gouvernance économique du pays avait directement été prise en main par l’Union européenne et le FMI.
M. Ventura, un ancien chroniqueur sportif très connu, a pour sa part obtenu des résultats spectaculaires – particulièrement au sein de la jeunesse – notamment grâce à son omniprésence sur les réseaux sociaux. Avec 23,5% des suffrages le 18 janvier, il a amélioré son score de 11,6 points par rapport au scrutin présidentiel de 2021, lors duquel il avait déjà créé la surprise.
Parmi les candidats éliminés à l’issue du premier tour, Joao Cotrim Figueiredo, candidat de l’Initiative libérale (ultralibéral, droite), a obtenu 16% des voix.
Pour sa part, Henrique Gouveia e Melo, un ancien général, se présentait en candidat indépendant. Fort de son aura acquise grâce au rôle qu’il avait joué face aux gigantesques incendies de l’année 2017 et à son efficacité dans l’organisation du combat contre l’épidémie de Covid en 2020, le candidat qui s’affichait « au-dessus de la droite et de la gauche », et qui revendiquait « le Portugal comme son unique parti » avait semblé, un temps, en situation de l’emporter. Mais son inexpérience politique a finalement douché son espoir – il a obtenu 12,3% des voix.
Enfin, Luis Marques Mendes, présenté par le PSD, n’est arrivé qu’en cinquième position, avec 11,3% des électeurs qui se sont prononcés en sa faveur. C’est l’une des trois caractéristiques majeures du scrutin : le candidat soutenu par le premier ministre – Luis Montenegro qui dirige actuellement un gouvernement minoritaire alliant le PSD et un parti encore plus marqué à droite, le CDS – essuie un revers brutal en étant sèchement éliminé.
Techniquement, la cohabitation entre le nouveau président et le chef de l’exécutif (qui dispose de l’essentiel des leviers) ne posera sans doute pas de problème, puisque le chef de l’Etat ne détient pas de prérogatives majeures, même s’il nomme formellement le premier ministre et peut dissoudre l’Assemblée. Mais politiquement, c’est un revers pour la droite au pouvoir depuis avril 2024, dont l’impopularité n’a cessé de croître.
Deuxième leçon du scrutin : même si la participation électorale lors du premier tour a grimpé de 12,8 points par rapport à 2021, elle reste particulièrement faible, à 52,2% des électeurs inscrits, alors même que les résultats s’annonçaient serrés.
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