Le 9 mars, tous les diplomates de l’Union européenne en poste aux quatre coins de la planète ont été conviés pour une réunion annuelle. L’UE tente ainsi d’imiter les « conférences des ambassadeurs » que certains Etats – la France, par exemple – organisent régulièrement pour leur compte.
L’événement avait bien sûr été planifié avant le déclenchement de la guerre contre l’Iran lancée conjointement par les Etats-Unis et Israël le 28 février. Il était donc intéressant de savoir comment la présidente de la Commission européenne, qui a prononcé le discours d’ouverture, allait intégrer dans sa rhétorique cette agression caractérisée.
Sans surprise, Ursula von der Leyen (photo, ici au centre, en visite en Israël en octobre 2023) a débuté son discours en accablant la victime, Téhéran, et sans énoncer la moindre condamnation, ni même la plus petite réserve, contre Washington et Tel-Aviv. Donald Trump est épargné notamment parce que Bruxelles ne veut surtout pas l’éloigner encore un peu plus de la croisade que l’UE entend poursuivre contre la Russie ; quant à l’Etat hébreux, il bénéficie d’une indulgence de principe, quelles que soient les atrocités qu’il commet et assume.
Dès les premiers instants de son intervention, Mme von der Leyen martèle donc : « disons les choses clairement : aucune larme ne devrait être versée pour le régime iranien qui a infligé la mort et imposé la répression à son propre peuple (…) ce régime a provoqué la dévastation et la déstabilisation de toute la région au moyen de ses auxiliaires armés de missiles et de drones ». Bref, pour l’oratrice, si l’Iran n’existait pas, le Moyen-Orient serait sans doute un paradis de paix et de sérénité.
Certains pourraient s’étonner du silence de la cheffe de la Commission sur la violation aussi brutale du droit international de la part de MM. Trump et Netanyahou. L’UE n’est en effet jamais en reste pour se présenter comme un parangon de vertu, et pour distribuer mauvais points et sanctions à ceux qu’elle juge l’enfreindre.
En réalité, ce 9 mars, au-delà de l’actualité immédiate, Ursula von der Leyen a amorcé un changement de ton que d’aucuns ont interprété comme un virage. Si elle n’a pas mis clairement en cause le sacro-saint « ordre international fondé sur des règles », elle a explicitement assumé un changement de priorités. Faire prévaloir « les intérêts de l’Europe » devient désormais le premier objectif proclamé.
… La suite de l’article est réservée aux abonnés…


