On n’y insistera jamais assez : les résultats des sondages doivent toujours être pris avec une extrême prudence. Non qu’ils soient délibérément truqués (même si cela peut arriver). Mais l’art consiste plutôt à poser les questions susceptibles de provoquer les réponses les plus conformes aux attentes des commanditaires.
En d’autres termes, on en apprend souvent plus sur ceux qui rédigent les questions que sur ceux qui y répondent. Par exemple, un sondeur pourrait formuler ainsi une interrogation : « êtes-vous optimiste quant à l’avenir de l’Union européenne ? ». Si vous considérez que l’UE est intrinsèquement dangereuse pour les peuples, mais que vous jugez que cette dernière est en train de péricliter, la logique vous amènera à répondre : « oui, je suis optimiste ». Sauf qu’en choisissant cette case, vous serez comptabilisé parmi les euro-enthousiastes… L’exemple est caricatural, mais des confusions comparables peuvent se rencontrer fréquemment.
Ces précautions étant posées, il n’est pas interdit d’examiner des enquêtes d’opinion récentes, surtout si leurs conclusions, fait rare, semblent aller dans le sens inverse de ce qu’espéraient les institutions qui les ont commandées – en tout cas à l’inverse de l’idéologie dominante. Trois d’entre elles viennent d’être rendues publiques, et elles convergent vers un piètre résultat notamment à l’égard de l’intégration euro-atlantique.
La première est dénommée « baromètre annuel » du prestigieux Institut de Sciences politiques de Paris (et de son laboratoire, le Cevipof). Cette dix-septième édition, réalisée dans la seconde quinzaine de janvier 2026, portait le titre générique : « En qui / en quoi les Français ont-ils confiance aujourd’hui ? ». A noter que des questionnaires analogues avaient été soumis à plusieurs pays voisins, ce qui permet de mettre en lumière les différences importantes d’un pays à l’autre.
En France (où près de 3 200 personnes ont été interrogées), les auteurs de l’étude constatent que seulement 22% des sondés disent avoir confiance en la politique. Soit un taux qui confirme la chute libre de ces dernières années, et qui s’avère être le plus faible de tous les pays européens étudiés. Plus de trois sondés sur quatre estiment que « la démocratie fonctionne mal ». Et près de quatre sur cinq souhaiteraient des référendums plus fréquents.
Ce constat n’a surpris personne, il fait régulièrement l’objet de débats télévisés et de commentaires journalistiques. Mais un autre aspect est beaucoup plus rarement évoqué : l’Union européenne provoque une très large méfiance, en France tout particulièrement.
Ainsi, 33% des sondés affirment avoir « plutôt pas confiance » vis-à-vis de l’UE, et même 36% « pas confiance du tout », ce qui représente en tout 69% (et même 72% spécifiquement pour l’europarlement, ce qui va froisser quelques eurodéputés convaincus qu’ils sont le centre moral du monde). Ce niveau est certes un peu moins haut en Allemagne (52%) et en Italie (60%) mais la défiance y reste majoritaire. A l’inverse, seuls 29% des Français auraient confiance en l’UE.
Surtout, il n’y a que 9% des personnes interrogées en France pour juger qu’il conviendrait de donner plus de pouvoir à l’UE (une baisse de 2 points par rapport à 2025)… Face à cette dernière, 62% considèrent au contraire qu’il faudrait renforcer le gouvernement national (+ 4 points en un an). Les résultats sont de 58% et 59% respectivement en Allemagne et en Italie.
Ce qui compte ici n’est pas un chiffre précis en soi, mais l’ordre de grandeur et la tendance. Et le moins qu’on puisse dire est que les réponses n’ont rien pour réjouir Bruxelles. Ni le président français. Surtout si l’on garde à l’esprit l’omniprésence de la propagande en faveur de l’intégration européenne dans les grands médias.
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