Le 10 juin, les cheminots français étaient appelés à faire grève par les quatre grands syndicats de la SNCF. Une unité qui ne s’était plus produite depuis deux ans. Le mouvement a surpris de nombreux observateurs par son ampleur. Et il pourrait bien se prolonger par de prochaines mobilisations.
Les grands médias se sont surtout intéressés aux désagréments subis par les voyageurs. Ils ont souvent été bien plus discrets sur les raisons de la grève. En réalité, les causes du mécontentement grandissant chez les salariés remontent à la libéralisation du rail impulsée par Bruxelles par étapes depuis les années 2000.
En France, la transposition des directives européennes s’est en particulier traduite par la réforme qu’a subie le monde du rail en 2018, au début du premier quinquennat d’Emmanuel Macron. La mobilisation avait été massive à l’époque, mais n’avait pu empêcher le projet d’être imposé.
Parmi les revendications affichées le 10 juin figurait notamment une forte revalorisation des salaires. Mais las causes les plus profondes de la grève sont à chercher du côté du mal-être de la plupart des cheminots. Illustration dramatique de cette dégradation : depuis janvier de cette année, treize agents se sont suicidés, dans des conditions qui ne laissent guère de doute sur le lien avec l’exercice de leur métier.
Encore ne s’agit-il que de la pointe émergée de l’iceberg. Les syndicats alertent sur la multiplication de ce qu’on nomme les « risques psycho-sociaux », ce qui n’est pas sans rappeler le climat cauchemardesque qu’avait subi à la fin des années 2000 France Telecom (devenu Orange) : les agents de l’ex-service public de télécommunications avaient été particulièrement malmenés par l’introduction européenne de la concurrence et les exigences de rentabilité qui en découlent.
Les syndicats de la SNCF, dans leur appel à la grève du 10 juin, pointent en particulier les réorganisations internes sans fin, qui sapent les collectifs de travail existants et heurtent le travail des cheminots qui restent attachés au principe de service public.
Selon le texte unitaire des syndicats, « un agent sur trois déclare aujourd’hui souffrir de troubles anxieux ou dépressifs. Les arrêts maladie liés à la santé mentale ont progressé de 40 % en cinq ans. Les accidents du travail ont bondi de 15,9 % entre 2024 et 2025 dans le périmètre du groupe public, de 21,7 % filiales incluses et de 50 % sur trois ans ».
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