Fin de partie. Fin de règne. Et peut-être fin d’une époque. Dans six mois, Emmanuel Macron aura quitté le Palais de l’Elysée. Son départ se prépare sous les huées de ses adversaires, ce qui est logique ; mais aussi sous les critiques ou désaveux de la plupart de ses anciens amis, soutiens et commanditaires, ce qui est plus inhabituel ; et surtout sous la vindicte populaire, comme l’ont illustré les journées du 17 et 24 octobre, où des centaines de milliers de manifestants – malgré les pilleurs ou les casseurs – ont fait converger leurs colères.
Nul ne peut prévoir quels développements prendra ce mouvement, mais il exprime le rejet massif que les dix ans de présidence ont nourri au sein du monde du travail et de la jeunesse. Il fait écho à la mobilisation des « Gilets jaunes », en 2018-2019, qui avait déjà profondément ébranlé le pouvoir de celui qui aimait se comparer à Jupiter.
De quelque côté qu’on se tourne, le chef de l’Etat affiche un bilan désastreux. Sur le plan économique, les critères mêmes qui étaient ceux de son camp – les classes dirigeantes, le monde du pouvoir et des affaires – trahissent une situation cataclysmique. La croissance est quasiment à l’arrêt, la dette publique bat record sur record, les déficits sortent, et de loin, du cadre que le « Mozart de la finance » (comme il était surnommé par ses admirateurs lorsqu’il passa de la banque Rothschild aux affaires publiques) s’était lui-même fixé.
Les prix de l’énergie explosent, l’inflation galope – un phénomène qui est bien antérieur au blocage du détroit d’Ormuz – et, conséquence directe, le pouvoir d’achat en baisse est devenu source d’angoisse pour une majorité de la population. Dans une des premières puissances mondiales, des millions de familles vont devoir choisir entre s’alimenter décemment et se chauffer correctement.
Sur le plan social, l’ex-banquier a échoué à imposer la réforme des retraites – qui prévoyait un recul des droits pour lesquels les travailleurs cotisaient parfois depuis des décennies – grâce à l’ampleur du mouvement social qui la combattait. Globalement cependant, les salaires, la protection sociale, l’accès aux services publics ont significativement chuté pendant ses deux mandats, entraînant montée de la pauvreté et de la précarité.
Sur le plan politique, la décision de 2024 de dissoudre l’Assemblée nationale a achevé de faire disparaître toute majorité au sein de celle-ci, entraînant une paralysie du travail législatif, et compromis la possibilité d’élaborer un budget et une loi de financement de la sécurité sociale.
Enfin, sur le plan international, le chef de l’Etat sortant a contribué à affaiblir le poids et l’influence de la France dans le monde. Par exemple, Emmanuel Macron se faisait fort, lors de son premier mandat, de faire plier le président russe, à tout le moins de le séduire pour mieux le circonvenir. Il a dû finalement déchanter, et, dès lors, s’est aligné sur le camp des pays les plus agressifs et belliqueux contre Moscou. Parallèlement, il a considérablement fait grimper le budget militaire – un des seuls postes épargnés par l’austérité.
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