Qui s’intéresse aux faits et gestes du parlement européen – mis à part les eurodéputés eux-mêmes ? Quasiment personne, et cela vaut sans doute mieux pour cette assemblée qui siège à Strasbourg (et à Bruxelles), car l’une de ses dernières initiatives confine à l’odieux ou au grotesque. On ne sait s’il faut en pleurer ou en rire…
Réagissant à l’attaque violente et massive de l’Iran par la coalition israelo-américaine, les eurodéputés de la commission des affaires étrangères se sont mis en quête de personnalités susceptibles de gouverner le pays bombardé dès lors que les autorités de ce dernier auront été éliminées – ce qui est un but plus ou moins avoué (mais probablement inatteignable) de l’invasion étrangère.
Les europarlementaires voulaient établir une liste de huit personnes censées représenter « la diversité de l’opposition iranienne ». A tout seigneur, tout honneur, Reza Pahlavi, le fils du chah renversé par la révolution de 1979, figure en tête de liste. Exilé aux Etats-Unis, l’héritier monarchique n’a pas remis les pieds en Iran depuis près d’un demi-siècle. Son nom a cependant été scandé dans les manifestations de la diaspora iranienne en Europe en janvier et février de cette année, et plus marginalement dans le pays lui-même.
Surtout, il ne manque pas de soutiens au sein de l’Assemblée de Strasbourg. Ainsi, le Finlandais Sebastian Tynkkynen du groupe ECR (droite) a loué sa « visibilité et (sa) reconnaissance internationales ». La lauréate du prix Nobel de la paix Shirin Ebadi figure également parmi les personnalités sollicitées.
Par ailleurs, au sein de la bulle européenne, les Moudjahidines du peuple (et le front CNRI qu’ils dirigent) comptent également des partisans. Ce mouvement, à l’origine révolutionnaire, s’était largement discrédité pendant la guerre entre l’Iran et l’Irak (1980-1988) en se rangeant du côté de ce dernier pays.
Depuis, il s’est acquis des soutiens au sein des néo-conservateurs américains. Pour sa part, l’eurodéputée allemande Hannah Neumann, du groupe des Verts, a plaidé pour une « une représentation équilibrée de la société civile et de l’opposition dans la diaspora ». Cependant, malgré le soutien de nombreux membres des Libéraux européens, cette proposition ne semblait pas devoir être retenue.
En fait, le détail de la liste importe peu. C’est plutôt la démarche qui attire l’attention : les eurodéputés renouent ainsi avec des mœurs et une époque coloniales, époque où l’on discutait tranquillement de quel roitelet ou marionnette telle ou telle colonie lointaine avait besoin.
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