Ce n’est pas d’aujourd’hui que le premier ministre hongrois irrite la majorité de ses collègues au sein du Conseil européen. Depuis son retour au pouvoir en 2010, Viktor Orban (photo) a vu se multiplier les griefs qui lui sont adressés : violations de l’« Etat de droit », népotisme, mise en cause de la liberté de la presse, affaiblissement de l’indépendance de la justice… La Hongrie est présentement sous le coup de plusieurs procédures de sanctions européennes, entraînant notamment la suspension de certaines subventions.
Surtout, la colère de Bruxelles a monté de plusieurs crans depuis le début de la guerre en Ukraine. Car Budapest ne s’inscrit pas dans la ligne dominante de l’Union européenne : la diplomatie hongroise n’attribue pas à Moscou l’entière responsabilité du conflit, et dénonce l’attitude belliqueuse de l’UE. Elle plaide pour une désescalade vis-à-vis de la Russie et refuse le principe d’un soutien économique, militaire et logistique à Kiev.
Jusqu’à présent cependant, le chef du gouvernement hongrois a toujours choisi le compromis avec Bruxelles, évitant soigneusement toute attitude de blocage. Il a ainsi fini par approuver les dix-neuf paquets de sanctions successifs depuis 2022, paquets qui nécessitaient l’unanimité des Vingt-sept pour entrer en vigueur.
De même, en décembre 2023, il s’était tactiquement éloigné quelques minutes de la salle du Conseil, ce qui avait permis d’adopter le principe du lancement des négociations d’adhésion de l’Ukraine à l’UE. Au point que dans les couloirs de la Commission, on se rassurait en affirmant que, finalement, M. Orban « aboie, mais ne mord pas ».
Cette fois cependant, ce dernier a franchi une nouvelle étape : à l’heure où ces lignes sont écrites, il n’a pas levé son opposition à l’adoption du vingtième paquet de sanctions contre Moscou ; en outre, il bloque l’attribution du « prêt » européen (qui se transformera de fait en don) de 90 milliards d’euros à l’Ukraine, alors que ce pays risque d’être à court de liquidités budgétaires dans quelques semaines.
Un compromis finira probablement par être trouvé sur ces deux dossiers, mais sans doute pas avant le Conseil européen du 19 mars, voire les élections hongroises du 12 avril. Dès lors, la plupart des dirigeants européens sont furieux. « Je suis stupéfait par la position hongroise », a tempêté le ministre allemand Johann Wadephul. Son collègue polonais, Radek Sikorski, a accusé la Hongrie d’avoir « enfreint le principe de solidarité européenne auquel nous sommes liés par le traité de Lisbonne… c’est assez choquant ».
Le président du Conseil européen, António Costa, a de son côté, adressé une lettre à M. Orban, affirmant que « tout manquement à cet engagement (de prêt) constitue une violation du principe de coopération loyale ». Pour sa part, la cheffe de la politique extérieure de l’UE, Kaja Kallas, a dû admettre : « nous ne sommes pas parvenus à un accord sur le vingtième paquet de sanctions ; c’est un revers et un message que nous ne voulions pas envoyer aujourd’hui, mais le travail se poursuit ».
Car Bruxelles comptait bien annoncer les nouvelles sanctions pour le 24 février, date anniversaire de l’entrée des troupes russes en Ukraine. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, flanquée du président du Conseil, qui avaient prévu de se rendre à Kiev ce jour anniversaire, sont donc arrivés les mains vides dans la capitale ukrainienne. Ils ont dû se contenter de réaffirmer solennellement le soutien inconditionnel au pouvoir de Kiev. Il est vrai que le soutien financier européen cumulé depuis février 2022 s’approche des 200 milliards d’euros (soit près de 450 euros par habitant de l’UE, bébés compris…).
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